LAURENT-CASGOIN Eymeric

Eymeric LAURENT-GASCOIN

Culte des Saints ou Légende & Piété

On atteint mieux Dirree Sheek Huseen à pied, c’est le rythme des hommes et des bêtes, celui de la pensée aussi. Ce village se situe sur les bas plateaux Oromo à 1385m d’altitude.
La ville doit son nom au Sheek Nur Huseen, personnage mythique et légendaire qui a traversé le pays à pied en accomplissant divers miracles. Il devait élire "Dirree" pour terme de sa pérégrination où il fonda une madrasa comptant 6 666 élèves.
Parmi les miracles qu’on lui attribue, il faut citer le détournement de la rivière Shabeelle qui lui barrait la route: Sheek Huseen en détourna le cours à l’aide de son bâton qui se caractérise par une extrémité supérieure en forme de "V" (semblable à la baguette du sourcier)
Deux fois par an lors de la Eid-al-Adha/Hajj et de la Eid‐e‐Zahra, les Muda ("Pèlerins") pris dans un élan de Foi et de Spiritualité viennent de toute l’Éthiopie à Dirree Sheek Huseen se recueillir sur la tombe du Saint.
La plupart des Muda se regroupent par village et se cotisent pour affréter un bus qui leur assure leur transport aller et retour. D’autres s’y rendent à pied. C’est un lieu de visite ("pèlerinage") populaire, ce type de rassemblement, inséparable de la notion de cheminement, doit évoquer pour le Chrétien les chemins de Saint-Jacques de Compostelle.

"N’ont-ils pas voyagé de par le monde? Ont-ils un cœur pour comprendre et des oreilles pour entendre? Car ce ne sont certes pas les yeux qui deviennent aveugles, mais bien les cœurs qui sont dans les poitrines" (Coran 22:46)

Photographe autodidacte et engagé, les voyages qu’Eymeric Laurent-Gascoin a pu effectuer à titre personnel, comme les missions qu’il a accomplies dans un cadre humanitaire (auprès de Médecins Sans Frontières) depuis 2006 l’ont ouvert sur le monde. La réalité des situations des populations déplacées dans des contextes de guerre auxquels il s’est trouvé confronté, n’a pu que le marquer. L’idée, puis le désir, de fixer sur la pellicule des visages, des êtres, des scènes de vie s’est imposée à lui sans qu’il le prémédite et le choix de l’argentique est apparu, très vite comme une évidence dans cette démarche. La vie propre de la pellicule et ses surprises, et surtout l’absence d’immédiateté pour découvrir l’image, sont autant de contraintes qui offrent finalement un espace de liberté…
Son désir de témoigner le tourne vers les gens, des hommes, des femmes, des enfants, qu’ils soient de Mogadishu, de Peshawar, de Misrata (…) déplacés, fuyant les combats, les armées ou les milices, loin de toute tentation de « faire sensation » en photographiant des corps blessés/mutilés arrivant à l’hôpital…