Thierry BAUMGARTEN

Borderline

Je vois sous la glace un visage. Derrière son sourire, des mers déchaînées et des vents tempétueux. Je vois les larmes qui ont salé les jours de son enfance, le souvenir lointain d’une absence.
Mes yeux s’ouvrent sur une ligne fragile, sans images, sans mots, sans bras, qu’une pesante solitude ou le regard d’un enfant sont susceptibles de faire remonter à la surface. Les fosses ne gardent jamais très longtemps leurs cadavres.

Je marche sur le fil du rasoir. Une vie à la limite. En équilibre précaire. Certains utilisent le mot “borderline”. Mais où se trouve véritablement la frontière ?

Mes images portent dans leur contraste une forme brutale. Celle d’une vie binaire. Entière. La ligne est franche. Sans complaisance. Le négatif et le positif de l’existence se rencontrent dans la profondeur des noirs et les blancs aveuglants, parfois brûlés de la photographie. J’approche mon visage de ce grain qui révèle mes imperfections, de ce flou qui dévoile cette vulnérabilité présente en tout Homme. Je collecte des morceaux de mémoire, les plaies et les cicatrices d’un récit autant individuel que collectif qui racontent son histoire à travers des rencontres impossibles, des espoirs déçus. Dans la peur, les trajectoires sont toujours compliquées, les errances nombreuses. Des maux qui vont jusqu’à tordre le corps.

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